Que dit l`Inde ? Que nous finirons tous par nous monter les pieds sur la tête les uns des autres, quand les eaux de nos glaciers réchauffés auront fini par monter, pour former d`immenses colonnades d`hommes et femmes dressés vers l`azur de dieu en composant les arches de la grande cathédrale humaine, comme une nouvelle Babel élevée vers le ciel.
Le passé nous aide seulement dans la mesure où il nous porte au présent de même que l`avenir nous pousse à l`instant du maintenant.
Qu`il est bon d`être en perpétuelle vacance, sans avoir rien d`autre à faire que poser son cul sur la pierre et flâner en marchant vers les parfums de l`orient.
Mon ange hindou birman m`a montré la voie des essences en la foi tandis que je surveillais ses bagages sur le quai où il faisait les cent pas jusqu`à son wagon où deux cents milliards d`hindous s`étaient engouffrés.
Dans les pas du zen sa voie de foi impériale, allant son chemin pour entasser pèle-mêle ses malles et cartons faits de planchettes de bois, il donna de la voix contre un hindou en colère qui lui poussa sa dernière valise roulant sur le quai car l`ange hindou-birman l`avait bousculé de son coude en plein l`omoplate.
Il s`ensuivit un combat froid de mots et riche d`une intensité à en découdre tout en maîtrisant leur gestuelle incandescente. Le gentil frère de l`ange apaisa la situation et je courais m`entasser à l`arrière des wagons.
Varanasim est une ville dont l`atmosphère ressemble à celles de Paris et Tel-Aviv à porter le regard au-dessus de la terrasse des toits on aperçoit le zoo de Vincennes. La goutte d`or est partout en nous dans le dédale serré des rues étroites.
Bénarès est une ancienne Babylone si neuve dont les allées mènent à Shivà. Ici lors de la cérémoniale Puja du Feu au bord des soirs du Gange on sent le son qui résonne en soi de la voix divine, les sons se mélangent à votre corps intérieur et le ton d`une ancienne chanson très ancestrale se met à chanter le long de vos cordes vocales.
Le son OM du mantra et de la parole ainsi chantée fait vibrer le cœur diamantin d`une onde cristalline.
Là où l`on ressent le plus le pouvoir de Shivà se trouve au Ghat de Manikarnika, lieu de crémation le plus sanctifié et sanctifiant où Parvati laissa tomber une boucle d`oreille (décidemment c`est une manie) - Shivà y creusant un bassin pour la récupérer et le remplissant de sa sueur créa le puits sacré.
Mais ce que l`on ressent au-dessus des buchers c`est le vrai pouvoir de Shivà au lieu des crémations sanctifiées et sacrées, le pouvoir sacré est si ancestral et si neuf à la fois. Les corps brûlés dans le feu du réel, et au-dessus et au dedans de vous : le pouvoir de Shivà comme un éclat brûlant posé sur vous par l`œil du troisième regard, de la conscience intérieure qui perçoit tout, le rayon du grand vide et de la création.
Shivà protège aussi les flammes de la pluie, celui qui s`y asseoit ici subit l`immédiat satori.
Au Ghat de Dasaswamedh (Brahma y sacrifia dix chevaux) le son des cloches résonne là où les mantras sonnent la foi du retour en le soleil, chantent-ils comme les indiens mexicains au retour de l`astre du petit matin ? On dit au revoir au soleil comme on irait se coucher dans les grâces, remerciant le ciel d`y envoyer ses astres.
Le chant divin sonne même au cœur d`un parc à touristes, les occidentaux sont si occidentaux, à chasser le prisme dans l`œil de l`appareil-photo. N`ont-ils pas laissé tomber le bagage de l`ego, avides de sensations et pourtant tournant le dos à l`horizon ? Il y a des Européens et des Japonais, des Américains et des Chinois, tous en quête d`un morceau d`ego à repeindre sur leur drapeau national.
Les femmes sont comme les temples sacrés, difficiles à photographier.
Savez-vous pourquoi Padma s`est réfugié dans une grotte avant de se tirer au Népal ? A cause des chiens qui gueulent dans les vallées hindoues. Car les chiens aboient à la nuit tombée. Ils se répondent en un festival d`abois dont les concerts durent jusqu`à l`aube. Certains gueulent de leur mécontentement et les autres montrent qu`ils gardent le chemin des trésors.
